Si le bilan des municipales est difficilement lisible, les partis traditionnels en sont sortis affaiblis. Mais, même avec moins de militants et d'argent, ils sont plus indispensables que jamais dans notre fonctionnement politique.
Bonjour à toutes et tous,
J’ai longtemps hésité sur le sujet de cette newsletter. Je voulais initialement vous reparler de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public : ce lundi, les députés devront adopter ou non le rapport Alloncle. Contrairement à ce qu’affirme le président, c’est bien le contenu du rapport qui devra être avalisé et non le seul fait de le publier. Mais, il est arrivé dans le passé qu’une partie du rapport soit transformée en position personnelle du rapporteur (ici ou là) ou qu’il soit amendé. Finalement, cette newsletter va parler plus d’élections et du rôle des partis, ce qui rejoint une autre de mes marottes.
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Les résultats des municipales n’étaient pas forcément lisibles. Pour y voir plus clair, deux bilans des municipales très précis ont été faits : l’un par Nathan Guedj sur les 4654 communes de plus de 1000 habitants, l’autre par la journaliste Rachel Garrat-Valcarcel sur les 281 plus grosses communes. Sur ces communes de plus de 30 000 habitants, on assiste à un recul des écologistes, mais aussi à un repli de la gauche et de la droite,une poussée du centre, et, dans une moindre mesure,de l’extrême-droite (14 communes). La poussée centriste se fait par le départ de certains maires LR vers Horizons.
Surtout, il y a un affaiblissement des partis traditionnels. C’est également flagrant dans le bilan de Nathan Guedj. Le PS passe de 559 communes à 452, LR de 603 communes à 533 et le PCF de 201 à 159. Le RN et LFI grappillent des communes mais ça reste limité. Les principaux gagnants sont les « divers », qu’ils soient divers droite, divers gauche, divers centre ou divers tout court.
D’autres signaux ne sont pas très bons pour les partis. Comme ils mentent toujours sur leur nombre d’adhérent, le mieux est de se baser sur l’argent des cotisations. Et celles-ci sont en chute, notamment au PS et chez LR. Entre 2012 et 2024, le PS est passé de 10,2 millions d’euros de cotisations à 2,1. Et LR de 5,6 à 0,9 (moins qu’à LO ou aux Écolos). Comparer le RPR de l’époque Chirac, comme le retrace l’ouvrage de Pierre Manenti (« Le RPR. Une certaine idée de la droite ») et Les Républicains de Bruno Retailleau est cruel, que ce soit sur sa capacité de mobilisation ou son rétrécissement idéologique.
Nos partis politiques sont pauvres. A quelques exceptions près, leur actif net est négatif. Les ressources privées diminuant, ils se raccrochent au financement public. Pourtant, l’enveloppe adoptée en loi de finances n’a cessé de baisser depuis trente ans (64 millions d’euros en 2026, soit 16 millions de moins qu’en 1996, sans même compter l’inflation). Résultat, les partis en sont presque tous rendus à multiplier les entourloupes afin d’éviter de payer de trop fortes amendes parité.
Alors, est-ce une nouvelle fois la mort annoncée des partis politiques ? Pas vraiment si on lit « Fin de Parti » le récent ouvrage du politiste Alexandre Dézé. L’auteur y bat en brèche l’idée d’un âge d’or des partis de masse, avec des arguments très convaincants. Les partis ne disparaissent pas, ils mutent. S’ils sont moins visibles et puissants, ce sont toujours eux qui structurent la vie politique et font les carrières politiques. « Invisibles, mais omniprésents » comme l’écrit Rémi Lefebvre.
C’est flagrant à l’Assemblée nationale, où l’investiture par un parti est devenu indispensable pour être élu. Les barons locaux, qui pouvaient s’imposer à leur parti, quitte à gagner en dissident, ont presque disparu. Depuis 2017, on a vu arriver des vagues successives de députés macronistes, puis RN, LFI et NFP, au capital individuel souvent très faible, devant tout à leur investiture. Aux dernières municipales, de nombreuses listes se sont structurées autour des partis, parfois sans s’en revendiquer. Même Renaissance et LFI, qui s’affichaient comme des partis sans adhérent ou sans groupe local, quittent progressivement leurs formes gazeuses. Peut être qu’ils ont comme enjeu de survivre à leurs fondateurs respectifs. Un parti structuré avec des militants est résilient. Le PCF est encore là pour longtemps.
Reste que les partis sont aujourd’hui plus émiettés, avec un rétrécissement de leur espace. Ils préfèrent consolider leur électorat, qui tourne autour de 10 %, car être le plus fort de son camp au moment de la précampagne permet d’espérer un vote utile à mesure que se rapproche l’élection. D’où les tiraillements à LR et au PS, qui sont passés de partis hégémoniques à partis plus sectorisés.
Pour trouver le financement d’une élection présidentielle (comptez 10 millions d’euros), il vaut mieux se reposer sur une infrastructure existante, surtout quand les règles sont de plus en plus complexes et les banques plus rigides. Il est possible de faire sans, comme l’ont montré les campagnes Macron 2017 et Zemmour 2022. A condition d’avoir un leader charismatique, des militants convaincus ou des sympathisants fortunés. En 2024, les trois partis qui ont récolté le plus de dons sont le PCF (5,6 millions), Renaissance (1,8) et Reconquête (1,4).
Ces questions de mécano financier ne sont pas secondaires. Le trésor de guerre amassé par Renaissance grâce à l’aide publique permet à Gabriel Attal de financer une présidentielle plus sereinement qu’Édouard Philippe. La primaire, à gauche, comme au socle commun, risque de rapidement buter sur son coût et son organisation. Il faudra de l’argent, et des forces vives pour organiser les bureaux et la mobilisation. Même s’il y a moins de militants et de ressources, un parti c’est un fichier et un compte.
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